À quelques jours du rassemblement des Bleus pour les deux matchs de Ligue des nations face à l'Italie et à la Turquie, Emmanuel Petit a lancé un avertissement clair à Kylian Mbappé. Pour l'ancien champion du monde 1998, consultant sur RMC, le capitaine de l'équipe de France doit impérativement désamorcer les tensions accumulées ces dernières semaines avant de retrouver le groupe.
"Il est incontournable, c'est le leader de cette équipe. Mais il va falloir mettre la poussière sous le tapis", a prévenu Emmanuel Petit. "Ce qu'il s'est passé lors du dernier rassemblement a laissé des traces dans la relation qu'il peut entretenir avec ses coéquipiers. Sans parler aussi du Ballon d'Or. Il va falloir à un moment donné que l'on s'empare de ce problème et que l'on crève l'abcès."
Trois points précis sont visés par cette mise en garde. D'abord, les tensions internes avec certains coéquipiers, Ousmane Dembélé en tête, un sujet déjà sensible au sein du groupe France depuis plusieurs mois. Ensuite, l'épisode du précédent rassemblement : en septembre dernier, l'attaquant du Real Madrid avait quitté le groupe en raison d'une blessure au genou gauche, un pépin physique qui ne l'avait pourtant pas empêché de reprendre l'entraînement à Madrid quelques jours plus tard seulement, une chronologie qui avait interrogé en interne. Enfin, sa communication très personnelle autour de sa course au Ballon d'Or, jugée par certains observateurs trop individualiste pour un capitaine censé fédérer le collectif.
Ce n'est pas la première fois que l'expression "crever l'abcès" est associée au capitaine des Bleus cette saison. Fin septembre déjà, un froid entre Mbappé et Dembélé avait nécessité une explication directe entre les deux joueurs, sans intervention du staff technique. Une réunion à huis clos d'une heure à une heure et demie, selon des témoignages recueillis depuis, qui avait permis de dissiper la tension du moment — mais dont les braises, selon Petit, continueraient de couver. Pour l'ancien milieu de terrain, passé par Arsenal, la Juventus ou encore Chelsea avant de devenir l'un des consultants les plus écoutés du paysage audiovisuel sportif français, ce type de crise se règle avant qu'elle ne s'installe durablement, pas une fois le mal fait.
La méthode préconisée par le consultant rejoint celle déjà éprouvée en interne : une discussion franche entre joueurs, à l'écart du staff technique, plutôt qu'une gestion depuis le banc. Une philosophie partagée par d'autres anciens internationaux, convaincus que ce genre de différends se règle avant tout dans le vestiaire, entre coéquipiers, loin des caméras et des communiqués officiels.
Reste que le contexte sportif, lui, n'a jamais été aussi favorable à Mbappé. Auteur d'un début de saison étincelant avec le Real Madrid, où il continue d'enchaîner les buts décisifs, l'attaquant tricolore aborde ce rassemblement de novembre en position de force statistique, ce qui rend d'autant plus sensible la gestion de son image de leader au sein du groupe France.
Les Bleus de Zinédine Zidane affronteront l'Italie à Milan jeudi prochain, avant de recevoir la Turquie le 15 novembre à Bordeaux. Deux rendez-vous qui serviront aussi de test grandeur nature pour la cohésion du groupe, dans un contexte où le sélectionneur a lui-même reconnu, ces derniers jours, ne pas être "satisfait" de certains aspects du jeu collectif des Bleus avant d'entamer cette nouvelle trêve internationale.
Entre les ambitions individuelles de son capitaine et les impératifs du collectif, Zinédine Zidane devra donc composer avec un dossier aussi délicat que révélateur des enjeux qui attendent les Bleus sur la route de la prochaine grande échéance internationale. La sortie d'Emmanuel Petit, aussi frontale soit-elle, a au moins le mérite de mettre des mots sur un malaise que beaucoup, en interne, semblaient jusqu'ici préférer taire publiquement.