Zinédine Zidane a réservé une vraie surprise en dévoilant sa deuxième liste de rassemblement depuis qu'il a pris les rênes des Bleus. Entre le retour de plusieurs cadres longtemps absents sur blessure — Kylian Mbappé, Aurélien Tchouaméni, Ibrahima Konaté — le sélectionneur a glissé un nom inattendu : celui de Pablo Pagis, milieu offensif de 23 ans du Paris FC, appelé pour la toute première fois chez les A. Une sélection saluée pour son histoire, mais qui divise déjà les consultants de l'After Foot sur RMC.
Le contexte explique en partie le choix de Zidane. Pagis traverse un début de saison étincelant avec le Paris FC, solide quatrième de Ligue 1, et profite surtout d'une cascade de forfaits dans le secteur offensif des Bleus : Ousmane Dembélé et Maghnes Akliouche, tous deux touchés physiquement, ont libéré une place que le technicien a choisi de confier à la révélation parisienne plutôt qu'à un profil plus classique. Fils de l'ancien international Mickaël Pagis, il devient le premier joueur du Paris FC convoqué en équipe de France depuis 1973.
Mais cette convocation, aussi belle soit-elle sur le papier, interroge en coulisses. Vendredi, dans l'After Foot, le consultant Maxime Chanot a salué le mérite du joueur tout en pointant une justification de Zidane qu'il juge bancale : "Il mérite d'être là. Il sort d'une superbe saison à Lorient et a très bien démarré avec le Paris FC. Mais je trouve la justification de Zidane un peu étrange. Ça fait un peu bouche-trou."
Chanot va plus loin dans son analyse, estimant que Pagis lui-même a probablement conscience de la situation : "J'imagine que Pablo Pagis est assez intelligent pour savoir qu'il ne sera pas en équipe de France quand toutes les forces seront disponibles. Zidane donne beaucoup de crédibilité à la Ligue 1. Et Pagis a un style qui peut apporter d'autres options à Zidane. Mais est-ce qu'il va avoir le temps de se montrer ? Les Bleus n'auront que deux matchs. Mais l'histoire est belle."
Le journaliste Florent Gautreau s'est montré encore plus tranché sur le plateau de RMC, évoquant une logique qui dépasserait le seul mérite sportif. "Ce sont un peu des sélections 'publicitaires' et 'marketing'. Ça ne veut pas dire que ces joueurs ne méritent pas. Mais Zidane veut montrer que tout le monde a sa chance et qu'il aime les joueurs techniques. Il veut aussi montrer sa rupture avec Deschamps", a-t-il analysé, avant d'ajouter que la réalité du haut niveau reviendra vite à la charge une fois l'effectif au complet.
Gautreau a enfoncé le clou en comparant la situation de Pagis à celle d'un autre joueur récemment retombé dans l'anonymat international : "Pablo, je l'adore en Ligue 1, mais ça peut être juste au niveau international. [...] Zidane fait le job, il regarde partout et c'est très satisfaisant. Il ouvre beaucoup de portes mais c'est aussi pour les refermer quand le haut niveau te rattrape, comme avec Esteban Lepaul." Une référence directe à l'attaquant rennais, appelé puis rapidement écarté des plans du sélectionneur après un rassemblement.
Face à ces interrogations, Zidane a lui-même tenu à justifier son choix sans détour, reconnaissant au passage la part de circonstance dans cette convocation. "Il était dans la liste élargie et c'est un joueur que je veux voir. Il est intéressant, différent, et c'est bien de pouvoir le voir sur ce rassemblement", a expliqué le sélectionneur, tout en admettant que le fils de Mickaël Pagis profitait avant tout du pépin physique d'Akliouche, touché au mollet.
Au-delà du cas individuel de Pagis, ces échanges sur RMC traduisent un débat plus large sur la méthode Zidane depuis son arrivée sur le banc des Bleus : volonté affichée de valoriser la Ligue 1, goût prononcé pour les profils techniques et des choix de joueurs différents de ceux privilégiés par Didier Deschamps, mais aussi risque de multiplier les convocations "vitrine" qui ne survivront pas au retour des cadres. Un exercice d'équilibriste que le technicien devra assumer rassemblement après rassemblement.
Reste à savoir si Pagis parviendra à saisir sa chance sur les pelouses plutôt que sur le papier. Les Bleus n'auront que deux matchs pour juger de son apport : un déplacement à Milan contre l'Italie, jeudi, puis une réception de la Turquie à Bordeaux le 15 novembre. Deux rencontres de Ligue des nations qui s'annoncent courtes pour convaincre, mais suffisantes, selon Chanot, pour que "l'histoire" déjà belle du jeune Parisien continue de s'écrire.