La trêve internationale ne pouvait pas mieux tomber pour Strasbourg. Battu 3-1 à Toulouse vendredi soir en ouverture de la 10e journée de Ligue 1, le Racing enchaîne une sixième défaite en championnat cette saison, et la pilule est d'autant plus difficile à avaler qu'un épisode de tension en fin de match a jeté une lumière crue sur le malaise qui s'installe au sein du groupe.
Sur le papier, pourtant, la rencontre avait plutôt bien démarré pour les Alsaciens. Les coéquipiers d'Ismaël Doukouré semblaient même supérieurs à des Toulousains auteurs d'une entame poussive, et c'est sur l'une de leurs rares incursions que le TFC a fait la différence : un but de Santiago Hidalgo juste avant la pause (45e+1), validé après vérification vidéo pour un contrôle à la main suspecté. Un coup dur, mais pas insurmontable.
La seconde période a cependant viré au cauchemar. Dès le retour des vestiaires, Mason McKenzie a doublé la mise pour Toulouse sur corner (56e), un but jugé "très stupide" à encaisser par le défenseur Lucas Høgsberg après la rencontre. C'est dans la foulée que la décision la plus commentée de la soirée est tombée : l'entraîneur portugais Hugo Oliveira a choisi de remplacer simultanément l'intégralité de sa ligne offensive, sortant d'un coup Gessime Yassine, Conrad Harder et Martial Godo (62e).
Le changement n'a visiblement pas été du goût des principaux intéressés. Les images diffusées par Ligue 1+ ont montré un Martial Godo particulièrement agacé au moment de regagner le banc — l'international ivoirien n'a pas caché son mécontentement face à une décision qu'il semblait juger prématurée, alors que le match restait à portée à ce moment-là (2-0). La réduction du score signée Gio Reyna (67e) a un temps relancé le suspense, avant qu'un troisième but toulousain, à un quart d'heure du terme, ne scelle définitivement le sort de la rencontre (3-1).
Au-delà du seul résultat, c'est la physionomie générale de la saison strasbourgeoise qui inquiète. Avec cette sixième défaite en dix journées, le Racing pointe à la 13e place du championnat avec seulement 10 points au compteur — son plus faible total à ce stade depuis quatre ans, et le pire départ en championnat depuis l'arrivée du fonds BlueCo à la tête du club. Les Alsaciens n'ont remporté qu'un seul de leurs sept derniers matchs de Ligue 1.
Une spirale négative difficile à expliquer pour Hugo Oliveira, arrivé cet été pour succéder à Gary O'Neil avec la réputation d'un tacticien fin, capable de faire progresser un effectif jeune et prometteur. Pour l'instant, la réalité est tout autre, et les premiers signes de frustration dans le vestiaire — matérialisés par la sortie remarquée de Godo — ne font qu'ajouter à la pression qui pèse sur le technicien portugais.
Les joueurs, eux, n'ont pas cherché à minimiser les difficultés après la rencontre. "On a fait une bonne entame de match. On prend un but, on ne sait pas s'il y a main ou hors-jeu. On est bien rentrés en deuxième période, on a pris un but sur coup de pied arrêté et un troisième, et voilà…", a reconnu Samir El Mourabet, visiblement abattu, avant d'ajouter : "les problèmes défensifs à l'extérieur, c'est un peu tout. On va se remettre à travailler après la trêve pour gagner à domicile."
Lucas Høgsberg s'est montré tout aussi lucide sur les lacunes de son équipe : "honnêtement, on a eu le contrôle du match en première mi-temps. On concède un but très stupide. On a discuté à la pause, on s'est dit que c'était inacceptable, qu'on devait faire mieux. Et quand ils ont marqué encore, ça a été encore plus compliqué." Le défenseur danois a particulièrement insisté sur la vulnérabilité de son équipe sur phases arrêtées : "quand ils marquent sur corner, il y a forcément quelque chose qui ne va pas. [...] On doit vraiment être meilleurs dans les petits espaces. On peut faire beaucoup mieux."
Interrogé sur la frustration affichée par certains de ses joueurs, Hugo Oliveira a tenté de calmer le jeu plutôt que d'envenimer la situation : "on a un groupe très jeune, avec beaucoup d'ambitions et d'attentes. Tout le monde travaille pour transformer cette énergie en bonnes choses. Avec ça, on va faire de bonnes choses dans ce championnat." Des mots rassurants, mais qui ne masquent pas l'urgence de la situation.
Le calendrier n'offre en tout cas aucun répit : à la reprise après la trêve internationale, Strasbourg recevra Brest avec l'obligation de renouer avec la victoire à domicile, sous peine de s'enliser durablement dans cette crise. Un match qui s'annonce déjà comme un test grandeur nature pour la suite du mandat d'Hugo Oliveira sur le banc alsacien.