Le Real Madrid n'a même pas semblé remarquer son absence. Suspendu quatre matchs de Liga, Vinicius Jr a regardé de loin ses coéquipiers écraser le Racing Santander (0-3) ce dimanche, pendant que son concurrent direct à l'aile gauche, Yan Diomandé, s'offrait un but et le trophée d'homme du match. De quoi relancer, avec plus de force que jamais, le débat sur la hiérarchie offensive madrilène.
Le Brésilien paie cher un coup de sang. Le 10 octobre dernier, lors du match contre Villarreal, il avait tiré les cheveux de Nathan Saliba avant de protester avec véhémence contre l'arbitre, ce qui lui avait valu un carton rouge direct. La fédération espagnole a ensuite alourdi la sanction à quatre matchs de suspension en championnat, le privant notamment du déplacement à Santander.
Pendant ce temps, Yan Diomandé a continué sur sa lancée. Titulaire sur le couloir gauche pour la quatrième fois consécutive, l'Ivoirien a inscrit le troisième but de la rencontre face au Racing, son troisième de la saison en Liga, avant de repartir avec la récompense d'homme du match. Une prestation de plus qui confirme une tendance installée depuis plusieurs semaines : la balance penche de plus en plus en sa faveur face à "Vini".
Invité lundi soir de "Rothen s'enflamme" sur RMC, Jérôme Rothen n'a pas hésité à trancher le débat. Pour l'ancien international français, la suspension de Vinicius a presque été une bénédiction déguisée pour le Real Madrid. "Aujourd'hui au Real Madrid, c'est un mal pour un bien ce qu'il s'est passé avec la suspension de Vinicius, a-t-il expliqué. Diomandé a récupéré son poste préférentiel côté gauche, avec l'assurance d'enchaîner les minutes en Liga, d'avoir la confiance de José Mourinho qu'il n'avait pas au début de la saison."
Rothen a ensuite détaillé les raisons tactiques de ce basculement, insistant sur le volume de course et l'équilibre apportés par l'ancien joueur du RB Leipzig. "Ce n'est pas du tout le même Diomandé que celui sur les premiers matchs, qui était très maladroit [...] Là le fait de jouer à gauche ça le libère, Mourinho lui demande des choses sur le pressing, la concentration, le repli, et avec le ballon il est capable de rentrer dans l'axe, il équilibre le milieu de terrain, il rend meilleur Tchouaméni et Bernardo." Et de conclure sans détour : "Pour moi oui, Vinicius a perdu sa place. Il va falloir que Diomandé défende sa place, mais même avec un Diomandé qui techniquement est un peu moins bien, les efforts qu'il fait dans le positionnement et l'équilibre de l'équipe lui donnent deux longueurs d'avance sur Vinicius."
Le constat est d'autant plus marquant que Diomandé partait de loin. Recruté à l'été 2026 en provenance du RB Leipzig pour un montant avoisinant les 125 millions d'euros (pouvant grimper jusqu'à 140 millions avec les bonus), ce qui en fait le transfert le plus onéreux de l'histoire du club, l'ailier ivoirien de 19 ans avait multiplié les débuts poussifs, freiné par le poids de son étiquette et des approximations techniques. Rothen lui-même le reconnaît : la bascule tactique sur le couloir gauche, davantage taillée pour ses qualités de pressing et de replacement que pour le un-contre-un pur, a changé la donne.
Tout le monde ne partage cependant pas cette lecture aussi tranchée. La veille, sur RMC également, Christophe Dugarry défendait une analyse plus optimiste pour l'international brésilien, estimant que l'éclosion de son jeune concurrent pourrait au contraire, à terme, "relancer la carrière de Vinicius" en le forçant à hausser son niveau d'exigence. Un signe que le sujet divise jusque dans les rangs des consultants madrilènes les plus assidus.
Reste à savoir comment José Mourinho va désormais gérer cette concurrence devenue un vrai casse-tête à gauche de son attaque. Vinicius devrait logiquement retrouver une place de titulaire dès mercredi soir face à l'AEK Athènes, sa suspension ne concernant que le championnat espagnol. Il lui faudra en revanche patienter jusqu'au 22 novembre et la réception du Celta Vigo pour rejouer en Liga. D'ici là, Yan Diomandé aura lui au moins une nouvelle occasion de confirmer, le week-end prochain lors du déplacement à Valence.
De quoi transformer, au fil des semaines, ce qui ressemblait à un problème de riche en véritable dilemme pour le technicien portugais : continuer de faire confiance à une pépite à 125 millions d'euros en pleine confiance, ou rendre les clés du couloir gauche à l'un des meilleurs attaquants du monde dès son retour de suspension.