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Comment Côme est passé de la Serie D à la Ligue des champions

Comment Côme est passé de la Serie D à la Ligue des champions

Il y a sept ans, Côme végétait en Serie D, la quatrième division italienne, devant quelques centaines de spectateurs au bord de son lac. Ce mercredi soir (21h), le club lombard reçoit le RC Lens pour la 4e journée de la phase de ligue de la Ligue des champions, avec déjà deux victoires en trois matchs dans cette campagne européenne inédite pour lui. Entre les deux, une métamorphose totale, financière et sportive, qui fascine autant qu'elle interroge en Italie.

Le symbole de cette ascension, c'est la démonstration livrée il y a deux semaines face à Manchester United : 4 buts à 1 infligés aux Red Devils au stade Giuseppe-Sinigaglia, avec un doublé et une passe décisive de l'Argentin Nico Paz, complété par un but de Jacobo Ramón. Une victoire qui a fait le tour de l'Europe et confirmé que la "sensation" du dernier championnat d'Italie n'était pas un feu de paille : quatrième de Serie A la saison passée, Côme s'est qualifié pour la première campagne européenne de son histoire centenaire.

Un milliardaire indonésien aux commandes

Derrière cette renaissance, une famille : les Hartono, hommes les plus riches d'Indonésie, qui ont bâti leur fortune dans le tabac puis la banque avant de racheter le club en 2019, alors en Serie D. "C'était un club totalement anonyme en Italie, qui avait ses supporters, les gens de la région, mais c'était une toute petite équipe", résume Daniele Manusia, spécialiste du football italien pour RMC Sport. Michael Hartono, l'aîné, est mort en mars dernier à 86 ans ; son frère cadet Robert dirige seul le projet depuis.

Mais l'argent seul n'explique pas tout, insiste Daniele Manusia, qui cite en contre-exemple Palerme, propriété du City Football Group, incapable de remonter en Serie A malgré des moyens comparables : "L'argent n'achète pas totalement les résultats, il faut aussi des bonnes idées." Les bonnes idées de Côme portent un nom : Cesc Fabregas, arrivé comme joueur en 2022 pour sa dernière pige, devenu entraîneur dès novembre 2023 après le licenciement surprise de Moreno Longo, et aujourd'hui actionnaire minoritaire du club. Thierry Henry est également impliqué dans le projet, tandis que Raphaël Varane siège au conseil d'administration.

Un recrutement malin, pas une surenchère

Loin des folies financières d'autres clubs émergents, Côme a construit son effectif sur des paris réussis plutôt que sur la débauche de millions. Lucas Da Cunha, aujourd'hui capitaine et tout juste international français sous Zidane, a été recruté à l'OGC Nice pour moins d'un million d'euros en janvier 2023, quand le club évoluait encore en Serie B. Deux autres Français l'accompagnent dans l'effectif lariani : le gardien Jean Butez, lui aussi appelé en équipe de France en septembre, et le milieu Maxence Caqueret.

La principale folie budgétaire du club reste la conservation de Nico Paz : arrivé du Real Madrid il y a deux ans avec une clause de rachat en faveur du club espagnol, le meneur de jeu a coûté 66 millions d'euros à Côme cet été pour lever cette option et rester en Lombardie. Le défenseur anglais Trevoh Chalobah, recruté pour 30 millions, complète les emplettes les plus coûteuses d'un effectif par ailleurs très cosmopolite, avec six Italiens seulement dans le groupe.

Le pari du "lac de Côme" comme marque

Au-delà du terrain, le club mise sur son identité géographique pour exister face aux mastodontes de Milan, Turin, Rome ou Naples. "L'ambition de Côme ne se limite pas au terrain, elle englobe l'ensemble du territoire car le club veut se développer non seulement en tant qu'équipe, mais aussi en tant qu'écosystème, en associant le football à la culture locale ainsi qu'à la marque Lac de Côme, qui est très importante dans le projet", explique Samuele Nava, journaliste au quotidien local La Provincia. Le club a ainsi lancé sa propre collection de vêtements haut de gamme, loin des standards habituels du merchandising de Serie A.

Ce virage ne fait pas l'unanimité en Italie. "C'est partagé entre l'enthousiasme, la reconnaissance du mérite à ce club et à Fabregas d'être sympa à regarder avec un football moderne, et la critique de ceux qui ont l'impression de voir une équipe déracinée de son histoire, comme étrangère, avec un entraîneur contre-culturel pour la Serie A", nuance Daniele Manusia. Un scepticisme renforcé par les limites physiques du projet : le stade Giuseppe-Sinigaglia, décrit comme "tout petit, joli, familial" par les supporters, ne compte qu'environ 12 000 places, ramenées à 10 000 pour les soirées de Ligue des champions. Une rénovation est à l'étude à l'horizon 2028, pour porter la capacité à 15 000 places seulement, bien loin des standards continentaux.

Lens puis le PSG, les prochains grands tests

C'est justement sur cette petite scène, mais devant une Europe qui regarde déjà avec attention, que Côme doit désormais confirmer. Après avoir fait chuter Manchester United, le club lombard reçoit mercredi un RC Lens fragilisé par sa récente défaite 3-0 à Bruges, avant d'affronter le Paris Saint-Germain en janvier. Deux adversaires français qui permettront de mesurer si cette équipe, portée par des paris plutôt que par la surenchère, peut durablement s'installer parmi les habitués de la Ligue des champions ou si, comme le redoute Daniele Manusia, l'aventure restera "un moment à profiter" plus qu'un projet bâti pour durer.

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