Le feuilleton diplomatique entre Kylian Mbappé et la Chine ne montre toujours aucun signe d'apaisement. Près d'une semaine après les excuses officielles de l'attaquant français et de son club, le boycott chinois autour du Real Madrid s'étend désormais à la Ligue des champions, avec la rencontre de mercredi face à l'AEK Athènes.
Selon les informations de RMC Sport, la plateforme chinoise de streaming iQIYI Sports, qui détient des droits de diffusion sur la compétition européenne, ne devrait pas proposer l'affiche entre le Real Madrid et le club grec ce mercredi soir. La rencontre n'apparaît tout simplement pas, ce mardi, dans la programmation affichée sur le site internet du diffuseur, un signal jugé sans ambiguïté par la presse espagnole sur la poursuite du mouvement de boycott.
Cette nouvelle étape fait suite à un premier boycott, déjà constaté et confirmé dimanche dernier, lorsque la télévision publique chinoise CCTV avait choisi de ne pas diffuser la victoire du Real Madrid à Santander (0-3) en Liga. Jusqu'ici, le géant chinois du streaming Migu avait continué de proposer certaines affiches du championnat espagnol, dont celle du FC Barcelone samedi soir, laissant penser que la sanction restait circonscrite à la chaîne publique. L'extension du boycott à la Ligue des champions, via un diffuseur différent, marque donc un net durcissement de la situation plutôt qu'un simple prolongement.
À l'origine de cette crise, une vidéo devenue virale dans laquelle Kylian Mbappé réagissait avec légèreté aux nombreux mèmes dont il fait l'objet sur les réseaux sociaux. L'un d'eux associait son visage à celui de Mao Zedong (1893-1976), figure historique centrale et sensible en Chine, présenté par l'attaquant français comme un simple "dictateur chinois" dans sa réaction filmée. Des propos rapidement jugés profondément déplacés par une partie de l'opinion publique et des autorités chinoises, provoquant une vague de réactions hostiles en quelques heures à peine.
Les conséquences commerciales ne se sont pas fait attendre. Trois marques chinoises qui utilisaient jusqu'alors l'image de Kylian Mbappé pour la promotion de leurs produits, des boissons, des produits laitiers et du fromage, ont annoncé la rupture immédiate de leurs contrats avec le joueur du Real Madrid. Un désaveu commercial rare pour une star de ce calibre, qui illustre l'ampleur prise par la polémique sur le marché chinois, particulièrement stratégique pour le football européen.
Interrogé ce lundi en marge du sommet "World in Progress" à Barcelone, le président de LaLiga Javier Tebas a confirmé être directement engagé dans la gestion de ce dossier sensible. "Pour l'instant, il faut attendre et voir comment la situation évolue. Je reste en discussion avec les autorités chinoises, tant à Madrid qu'à Pékin", a-t-il déclaré, avant d'annoncer son intention de se rendre personnellement sur place. "Je vais me rendre là-bas, discuter et continuer à dialoguer avec les autorités chinoises. Nous allons tout mettre en œuvre pour que la situation revienne à la normale."
Ces propos confirment que la Liga considère la crise comme suffisamment grave pour justifier un déplacement diplomatique de son président, et non comme un simple épiphénomène médiatique appelé à s'éteindre de lui-même. La Chine représente en effet un marché majeur pour la diffusion du football européen, et un boycott prolongé représenterait un manque à gagner significatif, aussi bien pour la Liga que pour l'UEFA sur le volet Ligue des champions.
Sur le terrain, Kylian Mbappé a pour l'instant choisi de répondre par la performance. Pour son premier match disputé après le début de la polémique, il avait inscrit un but sur penalty dimanche dernier face au Racing Santander, contribuant à la large victoire madrilène (0-3). Une réaction sportive saluée en interne, à l'image des propos tenus par José Mourinho quelques jours plus tôt, qui avait expliqué préférer "ne pas ouvrir la bouche" sur le sujet tout en saluant l'attitude de son joueur depuis le début de l'affaire.
Reste que la temporisation ne semble, pour l'instant, produire aucun effet concret du côté chinois. Les trois volets de la sanction, la perte des contrats publicitaires, le boycott télévisuel en Liga et désormais celui qui touche la Ligue des champions, restent pleinement d'actualité près d'une semaine après les excuses publiques formulées par Mbappé, par le Real Madrid et par LaLiga elle-même auprès des supporters chinois.
Le dossier prend donc une tournure de plus en plus politique et durable, loin du simple couac de communication initialement évoqué. Le déplacement annoncé de Javier Tebas en Chine pourrait constituer la prochaine étape clé pour tenter de désamorcer une crise qui touche désormais, au-delà du seul championnat espagnol, la compétition la plus suivie du continent européen.